La notion d’hôpitaux à l’abri des catastrophes

Le prix que nous payons pour le dysfonctionnement des hôpitaux et des structures sanitaires du fait des catastrophes est très lourd. A titre de comparaison, le coût de sécurisation des hôpitaux face aux catastrophes est insignifiant.  Les dégâts causés par les catastrophes au système sanitaire ont une portée humaine et sanitaire tragique, comportent des conséquences économiques énormes, affectent négativement les objectifs de développement et érodent la confiance sociale.  La sécurisation des hôpitaux et des structures sanitaires face aux catastrophes est une exigence économique de même qu’une nécessité sociale, morale et éthique.

La dimension économique

Les hôpitaux et les structures sanitaires représentent un énorme investissement pour un pays. Leur destruction ainsi que les coûts de reconstruction et de réhabilitation constituent un lourd fardeau économique.

Les coûts indirects lies à la destruction des infrastructures sanitaires ne sont pas souvent pris entièrement en compte mais peuvent s’avérer plus élevés que les  coûts directs de remplacement et de reconstruction. Les coûts indirects en termes d’études comportent les éléments suivants:

  • Pertes  d’efficacité due à l’interruption des services du réseau hospitalier tels les laboratoires ou les banques de sang

  • Augmentation des coûts de fourniture des services de santé d’urgence et d’abris

  • Les coûts encourus par les individus du fait de la perte des opportunités, des revenus, de temps et de  productivité

D’autres types de coûts indirects sont difficiles à évaluer mais ils sont cependant une incidence significative.  Il s’agit de:

  • Dommages à long terme au secteur de santé publique, au bien-être et à la productivité

  • L’impact sur le développement économique national et de l’érosion de la confiance du monde des affaires

  • La démotivation des investisseurs externes potentiels

La prévention est une option rentable

Les centres hospitaliers techniquement renforcés dans les îles Caïman étaient virtuellement intacts durant le passage de l’ouragan Ivan en 2004. Si de telles mesures de protection n’avaient pas été prises, les experts estiment que l’ouragan aurait détruit 20% des structures et 40% de leur contenu.

La construction des hôpitaux sécurisants ou la protection des structures hospitalières existantes sont étonnamment moins onéreuses. L’investissement modeste requis ne représente rien en comparaison avec le risque inhérent à une destruction  partielle ou totale durant une catastrophe, la mort de patients et du personnel a des répercussions considérables sur l’économie et le développement après le sinistre. 

La sécurité des plans architecturaux à faible coût: Nouveaux hôpitaux

  • Le coût d’un hôpital sécurisé ou d’une installation sanitaire est négligeable lorsqu’il est pris en compte dès la phase initiale de conception.  Pour la grande majorité de nouvelles structures sanitaires, l’incorporation des mesures exhaustives de protection contre les séismes et les intempéries dès la conception de l’ouvrage n’aura qu’une incidence de 4% sur son coût initial. Le processus de planification de nouveaux hôpitaux peut facilement s’appuyer sur le plaidoyer et devrait constituer une priorité.

Réhabilitation à moindre coût: protection ciblée

  • Le coût de réhabilitation des structures sanitaires existantes peut varier considérablement selon le contexte, mais le fait de rendre prioritaires la protection de la fonctionnalité des centres des soins de santé et des hôpitaux cruciaux contribue à en réduire les coûts potentiels et constitue un excellent exemple de rentabilisation.  Par exemple, les éléments non structurels – le  contenu et non les bâtiments – ont plus de valeur pour les hôpitaux.  Les dégâts causés aux éléments non structurels contribuent également à rendre les hôpitaux inopérants durant les catastrophes naturelles.  La réhabilitation des éléments non structurels ne représente qu’environ 1% du coût tandis que leur protection peut atteindre jusqu’à 90% de la valeur de l’hôpital.

Le contexte sanitaire

Il est important que les hôpitaux et les structures sanitaires demeurent opérationnels durant les catastrophes. Le coût humain du dysfonctionnement d’un hôpital apparaît très clairement au lendemain d’une catastrophe dans la mesure où l’accent porte immédiatement sur les victimes, leur recherche, les secours ainsi que sur la nécessité d’apporter de l’aide aux blessés.  Lorsque les hôpitaux ne sont plus aptes à exercer leur fonction d’urgence au moment où celle-ci est la plus requise, les soins de première nécessité sont souvent compromis et des vies sont perdues inutilement. 

Toutefois, les services sanitaires ne sont pas seulement des centres d’urgence cruciaux mais ils jouent en plus, un rôle vital dans le relèvement, la cohésion sociale et le développement économique. L’impact à long terme découlant de la perte des services de santé public dans le contexte des Objectifs du millénaire pour le développement excède l’impact du retard dans le traitement des traumatismes physiques. Les hôpitaux, les centres de soins primaires et les autres structures sanitaires sont cruciaux pour le relèvement durable au lendemain d’une catastrophe, les objectifs de santé et en ce qui concerne leurs rôles dans:

  • Les initiatives de surveillance en cours pour prévenir les foyers

  • Les campagnes de santé publique et d’assainissement, notamment la médecine préventive

  • La mobilisation de la recherche médicale, l’installation des laboratoires de référence

  • La promotion des innovations et en tant que points focaux pour l’organisation communautaire

Les catastrophes peuvent causer la destruction complète de bon nombre d’infrastructures sanitaires dans les pays en développement ou dans les régions vulnérables:

  • Au lendemain du tremblement de terre d’Algérie en 2003, 50% des installations sanitaires dans les régions affectées étaient inopérantes en raison des dégâts causés.

  • Au Pakistan dont une des régions était la plus affectée par le séisme sud asiatique de 2005, 49% des installations sanitaires, des plus sophistiquées aux centres de soins de santé primaire ruraux en passant par les dispensaires, étaient complètement détruits.

Ces niveaux de destruction compromettent sérieusement l’aptitude des pays en développement de réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement en matière de réduction de la mortalité infantile, d’amélioration de la santé  maternelle et de lutte contre le VIH/SIDA, la tuberculose, le paludisme et d’autres maladies.

Le contexte social

Les implications sociales du dysfonctionnement d’un hôpital impliquent des risques énormes. Les hôpitaux, les installations et services sanitaires ont une valeur symbolique unique en tant que fondement de la confiance que le public et la société dans son ensemble, accordent au gouvernement.  Ils constituent des sanctuaires pour les populations les plus vulnérables de la communauté. En d’autres termes, il y a une obligation morale à doter les hôpitaux et les installations sanitaires des mesures adéquates de protection.  La mort des malades, des personnes âgées et des enfants dans les hôpitaux durant les catastrophes ainsi que le dysfonctionnement des services d’urgence au moment où ils sont le plus requis peuvent avoir un effet paralysant sur le moral du public et susciter le mécontentement politique. 

Cependant, une réponse effective et des services sanitaires fonctionnels au lendemain d’une catastrophe contribueraient à renforcer le sens de la stabilité et de la cohésion sociales.  Des hôpitaux et des installations sanitaires opérationnels sont de puissants symboles de progrès social et sont un préalable pour la stabilité et la croissance économique. 

La confiance du public à tous les niveaux des structures du gouvernement américain a baissé après s’être rendu compte des défaillances en termes de réponse d’urgence face à l’ouragan Katrina en Nouvelle Orléans, durant lequel le pays a assisté impuissant au retrait de  44 cadavres des décombres d’un hôpital détruit et abandonné. Environ 140 vieillards admis dans  des hôpitaux et des hospices sont morts durant l’ouragan. Les hôpitaux et les hospices étaient accusés par la suite, d’euthanasier les malades ou d’abandonner leurs patients âgés.

La cote du Président Alan García au Pérou était montée de cinq points aux yeux du  public suite à la réponse effective du gouvernement et à sa gestion de la crise immédiatement après le tremblement de terre Péruvien de 2007. Le gouvernement Péruvien a fait savoir que les besoins des hôpitaux étaient entièrement couverts une semaine après le séisme.

Le fonctionnement ou l’effondrement des services sanitaires est une situation qui comporte des risques politiques certains pour les pouvoirs publics mais également des atouts politiques potentiels.